Oubliez le temps qui file sur votre montre – Raven Chacon, Tyshawn Sorey, Annea Lockwood et George Lewis nous invitent à écouter autrement : que reste-t-il quand le bruit s’efface ?
Raven Chacon, premier compositeur amérindien prix Pulitzer, délaisse ici le politique pour la musique pure. Avec Inscription, il transforme des pétroglyphes millénaires du Nouveau-Mexique en « musical prompts » : « Pour moi, ils évoquaient le vibrato d'une clarinette basse. » Loin des structures rigides, il mise sur le graphisme, les micro-tons et la liberté individuelle, faisant de chaque musicien un « créateur sonore autonome » au sein d’une fresque plus vaste.
Puis, le rythme cardiaque ralentit jusqu'à l'effacement. L’Adagio (For Wadada Leo Smith) de Tyshawn Sorey est une leçon de patience monumentale, progressant à la lenteur majestueuse d'un glacier. Dans ce quasi-silence, la mélodie circulaire du saxophone alto devient notre seul point de repère.
Mais le silence n'existe pas. La nature, la ville et nos propres corps vibrent sans cesse. Ce sont les matières premières d'Annea Lockwood. Avec Saouah!, elle brouille les pistes entre souffle et instrument, nous invitant à une écoute physique, en immersion totale dans la résonance.
Enfin, George Lewis explore le temps comme une érosion. « Weathering illustre l'endurance face au racisme systémique et au stress chronique du mode « survie ». J’espère que ma musique ne génère pas de stress, mais suscite l'empathie : car cette usure finit par nous toucher tous. »