« The Sacred Veil est l’une des contributions musicales les plus importantes de notre époque à une compréhension non religieuse et non politique de la mort et du deuil. (...) Assister à une représentation ou écouter un enregistrement peut constituer une expérience profondément transformatrice pour quiconque a été confronté au deuil. »
The Sacred Veil
notes de programme
The Sacred Veil
Le compositeur et chef d’orchestre américain Eric Whitacre (1970) n’a plus besoin d’être présenté. Par son langage musical accessible et ses projets novateurs, il a profondément transformé le monde du chant choral. Depuis que son premier album, Light & Gold, a remporté un Grammy Award en 2012, il collabore avec des ensembles du monde entier, de VOCES8 à The King’s Singers. Il entretient également un lien privilégié avec le Vlaams Radiokoor. Lorsqu’il est venu en Belgique pour la première fois, en 2016, ce fut, selon ses propres mots, un véritable coup de foudre. Depuis lors, il retrouve presque chaque année le chœur et y a trouvé une seconde maison.
Lors d’un de ses précédents séjours, Whitacre a présenté la création belge de son œuvre la plus vaste et la plus personnelle à ce jour : The Sacred Veil. Cette composition donne voix au deuil de son ami d’enfance et collaborateur de longue date, le poète Charles Anthony Silvestri (1965), qui a perdu son épouse en 2015. The Sacred Veil explore la frontière ténue entre la vie et la mort, entre une douleur indicible et la gratitude pour tout ce qui a été vécu. Après ces représentations, Whitacre a poursuivi son travail de révision, affinant à la fois le texte et la musique. Il revient aujourd’hui à Bruxelles pour présenter une nouvelle fois l’œuvre dans son intégralité. Comme lors de la création belge, des chœurs amateurs ouvriront et clôtureront le concert.
La magie et la fragilité de la vie
Rassembler les gens autour de la musique chorale est l’une des grandes missions de Whitacre. Sa série des Virtual Choirs en est sans doute l’illustration la plus éloquente. À l’origine du projet se trouvait une question toute simple : pouvait-on chanter ensemble malgré les distances physiques ou les barrières sociales ? La réponse fut un « oui » sans équivoque. Grâce aux technologies numériques et aux réseaux sociaux, Whitacre est parvenu à réunir, au fil des différentes éditions, près de 20 000 chanteurs venus des quatre coins du monde et de tous les horizons. Pour la toute première édition, en 2010, les participants ont enregistré individuellement une partie de Lux Aurumque, une brève œuvre chorale évoquant des anges qui chantent doucement à un nouveau-né. Afin que chacun puisse suivre une même interprétation, Whitacre avait enregistré une vidéo dans laquelle il dirigeait lui-même la pièce. Les 185 contributions ont ensuite été réunies en une vidéo unique, visionnée des millions de fois.
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The Sacred Veil
The Sacred Veil s’attache lui aussi aux grandes questions de l’existence. Son point de départ fut un poème que Silvestri déposa un matin de 2017 sur le piano de Whitacre. Il y décrivait le passage presque imperceptible de l’éternité à la vie, puis le retour vers l’éternité. C’était sa manière intime de mettre des mots sur les émotions et les pensées qui l’habitaient depuis la disparition de son épouse, Julie. Ce même matin, Whitacre décida de consacrer une œuvre entière à l’histoire de son ami, depuis leur première rencontre jusqu’à leur ultime adieu. Il souhaitait également livrer une réflexion universelle sur la vie et son caractère éphémère. Comme il l’expliquait lui-même, l’ambition de The Sacred Veil était de raconter « avec le plus d’honnêteté possible ce qui se passe réellement lorsqu’une personne traverse une telle épreuve », non pas « d’une manière grandiloquente ou liturgique, mais d’une manière profondément humaine et personnelle ».
Peu à peu, Whitacre et Silvestri ont élaboré la structure de l’œuvre, retravaillant sans cesse les différents passages jusqu’à ce que les douze mouvements trouvent leur forme définitive. Aux côtés des poèmes de Silvestri figurent également des textes de Whitacre ainsi que des écrits personnels de Julie, qui éclairent l’amour du couple, le combat qu’elle mena contre la maladie et l’inéluctabilité de sa mort. À l’origine, Whitacre avait prévu un ensemble de dix musiciens en plus du chœur. Mais à mesure que la composition prenait forme, il dépouilla la partition de tout élément superflu. L’atmosphère devait rester aussi intime que possible, et il trouva dans le piano et le violoncelle les instruments idéaux pour créer cette intimité.
D’une durée d’environ une heure, The Sacred Veil occupe une place singulière dans le catalogue de Whitacre. Plusieurs mouvements furent créés séparément en 2017 et 2018, tandis que la création intégrale eut lieu au début de 2019. Le Los Angeles Times qualifia l’œuvre de « célébration de la beauté fragile de la vie ». Mais c’est peut-être PeoplesWorld qui en a donné la définition la plus juste : « The Sacred Veil est l’une des contributions musicales les plus importantes de notre époque à une compréhension non religieuse et non politique de la mort et du deuil. (...) Assister à une représentation ou écouter un enregistrement peut constituer une expérience profondément transformatrice pour quiconque a été confronté au deuil. » Pour Silvestri lui-même, le processus créatif fut avant tout cathartique. Il a ainsi remercié Whitacre « d’avoir entrepris ce voyage avec moi, d’avoir revisité d’anciennes blessures et de m’avoir permis d’être tellement plus proche de la guérison ».
Trouver la paix dans la mort
L’idée que la musique puisse apporter du réconfort dans les moments de deuil les plus profonds est aussi ancienne qu’universelle. Komm, süßer Tod, komm selge Ruh de J.S. Bach (1685 – 1750) demeure l’un de ses plus célèbres chants sacrés. Le texte comme la musique expriment une paisible acceptation de la mort. De nombreux compositeurs en ont proposé des arrangements, mais celui du compositeur américain Edwin London est particulièrement remarquable. Après une première section chantée exactement telle que Bach l’a écrite, chaque phrase est progressivement déconstruite. Les sons s’étirent jusqu’à ce que les voix se superposent, créant une tension d’une rare intensité. « À la fin, toutes les voix se rejoignent. Ce moment me bouleverse à chaque fois », confie Whitacre.