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The Sacred Veil

notes de programme

The Sacred Veil

Le compositeur et chef d’orchestre américain Eric Whitacre (1970) n’a plus besoin d’être présenté. Par son langage musical accessible et ses projets novateurs, il a profondément transformé le monde du chant choral. Depuis que son premier album, Light & Gold, a remporté un Grammy Award en 2012, il collabore avec des ensembles du monde entier, de VOCES8 à The King’s Singers. Il entretient également un lien privilégié avec le Vlaams Radiokoor. Lorsqu’il est venu en Belgique pour la première fois, en 2016, ce fut, selon ses propres mots, un véritable coup de foudre. Depuis lors, il retrouve presque chaque année le chœur et y a trouvé une seconde maison.

Lors d’un de ses précédents séjours, Whitacre a présenté la création belge de son œuvre la plus vaste et la plus personnelle à ce jour : The Sacred Veil. Cette composition donne voix au deuil de son ami d’enfance et collaborateur de longue date, le poète Charles Anthony Silvestri (1965), qui a perdu son épouse en 2015. The Sacred Veil explore la frontière ténue entre la vie et la mort, entre une douleur indicible et la gratitude pour tout ce qui a été vécu. Après ces représentations, Whitacre a poursuivi son travail de révision, affinant à la fois le texte et la musique. Il revient aujourd’hui en Belgique pour présenter une nouvelle fois l’œuvre dans son intégralité. Le concert s’ouvrira sur une toute nouvelle composition du compositeur anversois Noah Senden (1998).

Un moment de vérité partagé

Pour sa quatorzième édition, Musica Divina accueille pour la première fois un compositeur en résidence. Cet honneur revient à Noah Senden, jeune compositeur diplômé du Conservatoire royal d’Anvers il y a environ cinq ans, où il a étudié auprès de Wim Henderickx. Lors d’un échange Erasmus à Tallinn, il est tombé sous le charme de la musique chorale balte, de ses paysages grandioses et de sa profonde spiritualité. Cette fascination pour le silence, la simplicité et la force expressive de la voix humaine se retrouve dans ses compositions, qu’il décrit comme « poétiques mais tangibles, parfois exigeantes dans leur caractère, et toujours évocatrices ».

Pour cette commande, Senden s’est retiré pendant une semaine dans le calme de l’abbaye d’Averbode. C’est là qu’il a composé cette nouvelle œuvre, inspirée par le thème du festival, « Moments de vérité » : « Pour moi, la vérité en musique naît souvent de quelque chose de tout petit. Un bref motif, un geste simple, quelque chose qui paraît immédiatement familier, tout en ouvrant un univers sonore ou une expérience d’écoute entièrement nouvelle. Ce sont ces petites cellules qui soutiennent toute l’œuvre et qui créent à la fois un sentiment de reconnaissance et de surprise. » Pendant Musica Divina, la composition de Senden sera donnée sous une forme différente à chaque concert : « Je souhaite créer une sorte de noyau musical qui demeure toujours reconnaissable, tout en prenant vie différemment à chaque interprétation. L’œuvre respire, en quelque sorte – elle évolue avec le lieu qui l’accueille et avec l’ensemble qui la fait entendre. »

The Sacred Veil

La fragilité de la vie

Le point de départ de The Sacred Veil fut un poème que Silvestri déposa un matin de 2017 sur le piano de Whitacre. Il y décrivait le passage presque imperceptible de l’éternité à la vie, puis le retour vers l’éternité. C’était sa manière intime de mettre des mots sur les émotions et les pensées qui l’habitaient depuis la disparition de son épouse, Julie. Ce même matin, Whitacre décida de consacrer une œuvre entière à l’histoire de son ami, depuis leur première rencontre jusqu’à leur ultime adieu. Il souhaitait également livrer une réflexion universelle sur la vie et son caractère éphémère. Comme il l’expliquait lui-même, l’ambition de The Sacred Veil était de raconter « avec le plus d’honnêteté possible ce qui se passe réellement lorsqu’une personne traverse une telle épreuve », non pas « d’une manière grandiloquente ou liturgique, mais d’une manière profondément humaine et personnelle ».

Peu à peu, Whitacre et Silvestri ont élaboré la structure de l’œuvre, retravaillant sans cesse les différents passages jusqu’à ce que les douze mouvements trouvent leur forme définitive. Aux côtés des poèmes de Silvestri figurent également des textes de Whitacre ainsi que des écrits personnels de Julie, qui éclairent l’amour du couple, le combat qu’elle mena contre la maladie et l’inéluctabilité de sa mort. À l’origine, Whitacre avait prévu un ensemble de dix musiciens en plus du chœur. Mais à mesure que la composition prenait forme, il dépouilla la partition de tout élément superflu. L’atmosphère devait rester aussi intime que possible, et il trouva dans le piano et le violoncelle les instruments idéaux pour créer cette intimité.

D’une durée d’environ une heure, The Sacred Veil occupe une place singulière dans le catalogue de Whitacre. Plusieurs mouvements furent créés séparément en 2017 et 2018, tandis que la création intégrale eut lieu au début de 2019. Le LA Times qualifia l’œuvre de « célébration de la beauté fragile de la vie ». Mais c’est peut-être PeoplesWorld qui en a donné la définition la plus juste : « The Sacred Veil est l’une des contributions musicales les plus importantes de notre époque à une compréhension non religieuse et non politique de la mort et du deuil. (...) Assister à une représentation ou écouter un enregistrement peut constituer une expérience profondément transformatrice pour quiconque a été confronté au deuil. » Pour Silvestri lui-même, le processus créatif fut avant tout cathartique. Il a ainsi remercié Whitacre « d’avoir entrepris ce voyage avec moi, d’avoir revisité d’anciennes blessures et de m’avoir permis d’être tellement plus proche de la guérison ».

texte d'Aurélie Walschaert